Pénélope l'indécise

Pénélope était-elle aussi vertueuse que l’a faite la légende ? Dépeinte en épouse fidèle, Pénélope aurait attendu dix ans le retour d’un mari absent. Et si la reine d’Ithaque avait, chaque soir, défait les derniers fils de sa tapisserie non par fidélité, mais par indécision ?

Comme les prétendants au trône d’Ithaque, Pénélope croyait Ulysse mort. Le corps de l’ancien roi devait se trouver au fond d’un récif. Il y avait, à la cour comme dans le cœur de la reine, une place à prendre. Pourtant la souveraine ne se décidait sur celui qu’elle ferait mari et roi.

Six mois après la fin de guerre de Troie, Ulysse ne réapparaissant pas, Antiomochus, le premier, s’était proposé à Pénélope comme époux et nouveau souverain d’Ithaque. L’annonce de la proposition s’était répandu dans le monde méditerranéen, et plus de cent prétendants étaient apparus devant Pénélope. 

La reine, ne sachant comment réagir, temporisa. Elle commença par recevoir les hommes comme des invités, puis organisa, comme cela avait été fait pour elle dans sa jeunesse, un premier concours pour sa main, jeux physiques et jeux d’esprit.

Les prétendants qui concourraient montraient de l’adresse, certains parfois gaffaient et faisaient pouffer l’assemblée spectatrice, mais aucun ne se distinguait tout à fait jugea Pénélope.

Ces premiers soirs, dans la grande salle du palais d’Ithaque, les prétendants s’alignaient à de grandes tables en bois, et étaient reçus dans la plus pure tradition d’hospitalité grecque. Les meilleurs mets et les meilleurs vins leur étaient servis. Pénélope, soucieuse d’apparaître en hôte attentionnée, se présentait à chaque table, discutait avec les prétendants, apprenait à les connaître, et ensemble commentaient les prouesses et s’amusaient des ratés aux épreuves du jour.

Les prétendants, s’ils se disputaient un même objet, étaient tous d’accord sur un point. Pénélope, si elle n’avait plus la beauté de sa jeunesse, était de ces femmes qui charment par leur esprit, et dont on cherche la compagnie. Lors de ces premières soirées, la première dame finissait par s’éclipser et allait à sa chambre avant la fin du banquet. Les prétendants continuaient par eux-mêmes la soirée. Les éclats de rire qui jaillissaient ici et là dans la grande salle et résonnaient contre les murs et la voûte de pierres révélaient des hommes en train de se lier d’amitié.

Pénélope, à la fin de ces premières soirées, revenue à elle-même dans le calme de sa chambre méditait les événements qui venaient de lui arriver. Tout en se passant la main dans les cheveux, elle repensait à tous ces hommes qui s’étaient présenté à elle pour l’épouser. Oui, parmi eux, il y avait quelques rustres, qui n’étaient rois que par la naissance, mais il y avait aussi beaucoup d’hommes de valeur.

La reine jouait en esprit avec les possibilités, et si je me mariais à un tel, ou avec un tel, ou avec un tel, mais il n’y avait aucune évidence, et quand elle repensait aux dix années qui s’étaient écoulé, jamais elle ne s’était senti aussi vivante, aussi jeune, que lors de ces quelques jours où elle avait été le cœur d’une cour de prétendants.

Pour le moment, elle préférait de beaucoup la compagnie de tous ces hommes à l’idée de ne vivre qu’avec un seul d’entre eux.

Pénélope n’avait jamais manqué d’inventivité. Tant qu’elle n’aurait pas décidé qui parmi ces hommes serait son nouvel époux, elle trouverait des tours pour tous les faire rester auprès d’elle.